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JCR Sudoc PS 2018 - Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique

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Friedrich Nietzsche et René Char sont dans un ballon ou, Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique.
Intervenant : Yves Desrichard, ABES
Journées Sudoc PS 2018

Publicada em: Educação
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JCR Sudoc PS 2018 - Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique

  1. 1. Friedrich Nietzsche et René Char sont dans un ballon ou Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, mai 2018)
  2. 2. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 2 - Table des matières De quoi parle-t-on ?.................................................................................................................... 3 FRBR, ISBD, RDA, LRM, RDA-Fr, Afnor : Dans la confusion, il y a du profit (heureusement)........................................................................................................................... 3 Avant-avant-hier..................................................................................................................... 3 Avant-Hier.............................................................................................................................. 4 Hier soir.................................................................................................................................. 5 Hier tard dans la soirée........................................................................................................... 6 Hier juste avant minuit ........................................................................................................... 7 Demain matin ......................................................................................................................... 7 Demain après-midi ................................................................................................................. 7 Plus tard.................................................................................................................................. 8 LRM, généralités........................................................................................................................ 8 LRM et ressources continues : quelle place ? ............................................................................ 9 LRM, ressources continues et « serial work » ......................................................................... 11 Commonality of content....................................................................................................... 11 Evolutions dans le temps...................................................................................................... 12 LRM et serial works : conséquences pratiques ........................................................................ 13 LRM, ressources continues et relations.................................................................................... 15 Entre des œuvres .................................................................................................................. 16 Entre des manifestations....................................................................................................... 16 In cauda venenum..................................................................................................................... 16 Frustrations........................................................................................................................... 16 Anti-frustrations ................................................................................................................... 17 RDA-Fr et les catalogueurs de ressources continues ............................................................... 18 Evolutions mises en œuvre................................................................................................... 19 Fin de l’indication générale du type de document ............................................................... 19 Mention de publication......................................................................................................... 19 Type de support.................................................................................................................... 19 Zone de l’adresse bibliographique ....................................................................................... 20 Evolutions avérées................................................................................................................ 21 L’avènement liquide................................................................................................................. 21
  3. 3. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 3 - De quoi parle-t-on ?1 La notion de « ressource continue » est récente, puisqu’elle est officialisée par la publication en 2002 de l’ISBD (CR), pour « continuing resources ». Schématiquement présenté, les ressources continues incluent essentiellement les publications en série et les ressources intégratrices. La norme Afnor Z 44-063, issue de l’ISBD(CR), propose de ces deux notions les définitions suivantes. Une publication en série est une « ressource continue, sur toute forme de support, qui paraît en livraisons successives, s'enchaînant en général numériquement ou chronologiquement pendant une durée non limitée à l'avance. Les publications en série comprennent : les périodiques (journaux, revues, etc.), les publications annuelles (rapports, annuaires, répertoires, chronologies, etc.), les mémoires, comptes rendus, actes de société,... et les collections de monographies ». Une ressource intégratrice est « une ressource bibliographique augmentée ou modifiée par des mises à jour qui ne restent pas distinctes mais qui sont intégrées à l’ensemble de la ressource. Les ressources intégratrices peuvent être finies ou continues. Les ressources intégratrices comprennent les publications à feuillets mobiles à mise à jour et les sites Web à mise à jour ». La formulation du Manuel de l’ISSN, autre source de définition dont la connaissance (et l’application ?) s’impose dans la problématique qui est la nôtre, est d’une grande simplicité, élargissant encore le « champ des possibles » avec, bien sûr, tous les risques d’équivoque qui vont avec : « Ressource sur tout support dont la publication se poursuit au cours du temps sans que la fin en soit prédéterminée et qui est mise à la disposition du public ». On peut retenir de ces deux approches la caractéristique majeure qui va ordonner la prise en compte de leur description : l’évolution dans le temps de ce qui est décrit. FRBR, ISBD, RDA, LRM, RDA-Fr, Afnor : Dans la confusion, il y a du profit (heureusement) Avant-avant-hier Blake Edwards, le délicat réalisateur de Breakfast at Tiffany’s (1962) et de The pink panther (1963), le rappelait dans une interview : « Dans la confusion, il y a du profit »2 . On veut espérer que cet adage s’applique au paysage catalographique mondial, et plus spécifiquement français. Car, il faut aux spécialistes de la chose (les néophytes sont d’emblée écartés) bien de la constance d’esprit, de la fermeté mais aussi un état d’esprit modulaire et adaptable pour appréhender, à défaut d’utiliser, la mutation catalographique actuellement à l’œuvre. Jusqu’à une date qu’on peut – très arbitrairement – dater de la parution de la première version des FRBR3 , qui seront évoqués plus loin, on pouvait considérer le paysage catalographique français appuyé sur trois piliers pour encadrer et définir les pratiques de catalogage : les Principes de Paris, les ISBD et, pour ce qui est de la France, les normes AFNOR de catalogage. 1 Merci aux relecteurs de ce document : Clément Oury, Yann Nicolas, Philippe Cantié. 2 Dans une interview aux Cahiers du cinéma, n° 578 d’avril 2003. 3 La première version est publiée en 1998, soit il y a près de 20 ans maintenant.
  4. 4. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 4 - Elaborés en 1961 à l’issue de la Conférence internationale sur les principes de catalogage, les Principes de Paris4 servirent de cadre d’élaboration aux ISBD5 qui, à partir d’un premier ISBD matrice, l’ISBD(G), paru en 19776 , essaimèrent en 7 moutures différentes, ISBD spécialisés, selon le type de document à décrire, pour finalement ne se retrouver plus qu’un, l’ISBD intégré, publié en 2007 et consolidé jusqu’en 20117 , de façon à être compatible avec les préconisations des FRBR8 . A partir des ISBD, qui laissent/laissaient, en matière de règles, un certain nombre d’options, un certain nombre de corpus de règles et normes sont élaborés, correspondant aux pratiques de différents pays ou obédiences, desquelles on pourra détacher (pour la clarté de la suite de l’exposé) les AACR29 , rédigées à partir de 1967, mais harmonisées avec les ISBD en 1978, et les normes françaises de catalogage AFNOR qui, comme leur nom l’indique, sont a priori d’application obligatoire pour les pratiques de catalogage françaises. Pour résumer, avant la parution des FRBR, grosso modo, le paysage catalographique français s’organisait donc autour des normes AFNOR, elles-mêmes inspirées des ISBD, eux-mêmes inspirés des Principes de Paris. Avant-Hier Publiées pour la première fois dans leur version anglaise en 199810 , les FRBR ont marqué une première tentative de modélisation des données bibliographiques dont on s’étonne seulement que, considérant que l’informatique documentaire a vu le jour au début des années 60, elle ne soit pas venue plus tôt. La réflexion est évidemment injuste : il a fallu attendre la mise en place des premiers SGBD, à partir des années 80, pour que la structuration des données dans un souci d’efficacité informatique soit vraiment à l’ordre du jour. Pour l’écrire simplement, les FRBR sont une tentative de modélisation des données bibliographiques, articulée autour de quatre éléments, qualifiés d’»entities/entités » : « work/œuvre », « expression/expression », « manifestation/manifestation », « item/item »11 , résumés par les premières lettres de leur acception anglaise en WEMI. Ces éléments sont liés entre eux par des « relationships/relations » et ont des « attributes/attributs », qui peuvent être comparés aux éléments d’information collectés dans les différentes zones de l’ISBD – mais pas toujours. 4 Ainsi nommés parce que la conférence s’est déroulée à Paris ; Disponible ici https://www.ifla.org/files/assets/cataloguing/IMEICC/IMEICC1/statement_principles_paris_1961-fr.pdf ; une nouvelle version en a été élaborée en 2009 (post-ISBD) donc, disponible ici : https://www.ifla.org/files/assets/cataloguing/icp/icp_2009-fr.pdf 5 International standard bibliographic description. 6 La dernière édition, révisée en 2004, est disponible ici : https://archive.ifla.org/VII/s13/pubs/isbdg2004.pdf 7 La version française de cet ISBD, le seul à avoir encore valeur de standard, est disponible ici : http://www.bnf.fr/documents/isbd_trad_francais.pdf 8 Pour ce qui intéresse les publications en série et les autres ressources continues, l’ISBD(S) [pour « serials »] est publié pour la première fois en 1974, révisé en 1977, devient ISBD(CR) [pour « continuing resources »] en 2002, avant son intégration dans l’ISBD intégré. Bien entendu, des traductions françaises de ces différentes versions sont réalisées. 9 Les AACR seront révisées régulièrement jusqu’en 2005. 10 Functional requirements for bibliographic records : final report / IFLA Study Group on the Functional Requirements for Bibliographic Records. — K.G. Saur, 1998. — (UBCIM publications ; new series, vol. 19) ; disponible ici : https://www.ifla.org/files/assets/cataloguing/frbr/frbr.pdf 11 Les termes français sont ceux de la traduction en français de 2012.
  5. 5. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 5 - A chaque niveau peuvent être associées d’autres entités, qui relèvent grosso modo de deux catégories distinctes : d’une part des personnes et des organismes impliqués dans la création de l’œuvre, de l’expression, de la manifestation ou de l’item ; d’autre part des éléments qui relèvent de la notion de « sujet » (qui incluent aussi, et entre autres, des personnes et des organismes). L’un des buts les plus immédiats des FRBR est de simplifier le travail de création de notices de catalogue, en déportant à un niveau supérieur, autant que possible, les éléments communs propres à ce niveau, application propre au monde catalographique du principe de subsidiarité. Pour prendre un exemple qui éclairera à la fois les principes de base et leur utilité, on peut considérer le roman de Margaret Mitchell, « Gone with the wind », comme une « œuvre », sa traduction en français, sous le titre « Autant en emporte le vent », par Pierre-François Caillé comme une « expression » de cette œuvre, la parution en trois volumes (avec des photos du film en couverture bien sûr) en collection Folio (n° 740, 741, 742) de cette « expression » comme une « manifestation », et la version reliée bon marché de ces volumes à la bibliothèque municipale de Bar-Le-Duc par une société spécialisée comme un « item » de cette manifestation. L’utilité bien comprise d’un tel système est de déporter au niveau requis les informations qui sont communes aux niveaux inférieurs, selon le principe informatique bien connu de l’héritage de propriétés. Tous les items de la manifestation en Folio ont le même traducteur, et toutes les traductions en français d’»Autant en emporte le vent » ont pour auteur principal Margaret Mitchell. Hier soir Modèle conceptuel, les FRBR devaient, pour être utilisés, être transcrits dans les règles de catalogage pour trouver une utilité concrète. Comme souvent, les bibliothécaires américains s’y attelèrent pour proposer avant tout le monde, à partir de juin 2000, les « Resource description and access » (RDA)12 , ensemble de règles explicitement conçu pour succéder aux AACR2, tout en prenant en compte le cadre conceptuel défini par les FRBR. La communauté française ne resta pas pour autant inactive, proposant dans un premier temps une traduction française des FRBR dès 200113 , avant d’examiner si, très éventuellement, il serait possible, moyennant bien sûr leur traduction en français et une adaptation aux pratiques françaises, d’utiliser RDA comme corpus de nouvelles règles de catalogage, en remplacement des normes françaises. Après un processus d’examen, il fut décidé qu’il n’était pas possible d’adopter tel quel RDA, mais qu’il était possible de prendre ce corpus comme base d’un nouveau corpus, spécifiquement français, RDA-Fr. 12 Le « RDA Toolkit » n’est accessible que sur abonnement : http://www.rdatoolkit.org/ 13 Cette première version a fait l’objet en 2012 d’une nouvelle édition disponible ici : http://www.bnf.fr/documents/frbr_rapport_final.pdf FRBR (1998) RDA (2000)
  6. 6. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 6 - Hier tard dans la soirée Ce processus d’adaptation est toujours en cours, mais il a été décidé d’adopter au fur et à mesure de leur validation les différentes parties de RDA-Fr et non d’attendre la parution d’une version finalisée de l’ensemble pour le mettre en application, en lieu et place du corpus de normes AFNOR existantes14 . Si cette phrase est placée en italiques, c’est bien parce que c’est cette décision qui est à la base du concept de « transition bibliographique ». En effet, s’il avait été décidé, à un instant T, de passer d’un corpus l’autre, on aurait pu parler de « basculement bibliographique ». A partir du moment où le choix a été fait de mettre en application les parties de RDA-Fr validées, invalidant ainsi l’application des normes ou parties de normes jusque-là concernées, et dans la mesure où la publication de l’ensemble de RDA-Fr risque encore de prendre « un certain temps », la transition se poursuivra jusque-là, c’est-à-dire jusqu’à la validation de la version 1, complète, de RDA-Fr – et bien sûr à sa mise en application pratique. S’il n’est pas question de discuter les avantages et inconvénients de la décision prise (il y a, comme pour toute décision, des deux), force est de constater qu’elle oblige les catalogueurs à vivre dans une « dynamique de transition » qui, elle aussi, a ses avantages et ses inconvénients. Elle permet une acculturation progressive, et non brutale, à un contexte dont on peut espérer à terme qu’il sera entièrement nouveau. Mais elle oblige à ménager des compétences, selon le domaine descriptif concerné, entre deux ensembles normatifs forcément distinctes. Il reste que ce processus a été mis en œuvre par les deux principales institutions en matière de produits bibliographiques en France, d’une part la Bibliothèque nationale de France (BnF), agence bibliographique nationale, d’autre part l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES) pour le réseau de catalogage constitué autour du SUDOC. 14 Pour ce qui concerne les ressources continues, la norme Afnor toujours applicable, sauf pour les parties révisées par RDA-Fr, est la norme FD Z44-063, Documentation - Catalogage des ressources continues - Rédaction de la description bibliographique, version de 2007. RDA (2000) RDA- Fr (20??) Guide du catalog ueur BnF Guide métho dologi que ABES
  7. 7. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 7 - Hier juste avant minuit La situation, déjà fort complexe, l’est plus encore de ce que, depuis l’été 2017, FRBR, dont on a vu qu’il était l’inspirateur sinon le cœur de la transition bibliographique, a été remplacé par un autre ensemble conceptuel, plus complet, et dont on peut espérer, cette fois, qu’il sera l’alpha et l’omega définitifs de toute modélisation catalographique. LRM (Library Reference Model)15 est en fait un « super-modèle » qui englobe, en plus de FRBR, deux autres ensembles de modélisation élaborés postérieurement à la parution des FRBR, les FRAD16 et les FRSAD17 . Sans entrer dans le détail de ces autres ensembles, disons qu’ils s’intéressent respectivement à la modélisation des entités personne et organisme d’une part, et à tout ce qui relève des « sujets » d’autre part. Pour englober ces trois ensembles, LRM a introduit une nouvelle « super-entité », « Res », à laquelle toutes les autres sont rattachées – et qui, donc, les inclut toutes. S’il sera question plus loin, et de manière plus détaillée, de LRM, c’est bien parce que c’est par rapport à ce nouvel ensemble qu’il faut désormais penser la transition bibliographique, ce qui, au moment où nous écrivons, ménage un certain nombre d’incertitudes qu’on peut tenter de résumer. Demain matin En effet, et pour faire court, la mise en œuvre de LRM va forcément entraîner une évolution de RDA. Demain après-midi Si on reste dans la logique qui a présidé, et préside encore, à la mise en œuvre de RDA-Fr, cette nouvelle version de RDA devrait entraîner des modifications sur RDA-Fr. Si ces modifications portent sur des parties encore non validées de RDA-Fr, cela n’aura pas d’influence sur les pratiques de catalogage, ou plus exactement, la prise en compte d’éventuelles modifications sera invisible pour les catalogueurs. Par contre, si les modifications portent sur des parties déjà validées de RDA-Fr, cela impliquera des modifications dans les pratiques des catalogueurs – avec les complexités induites. Pourrait-on envisager de transcrire directement, de LRM à RDA-Fr, les évolutions du modèle ? Ce serait contraire à l’»esprit » d’évolution de RDA-Fr et, de plus, cela supposerait que LRM soit au moins disponible en français – ce qui n’est pas encore le cas au moment où nous écrivons. 15 Publié en août 2017, disponible ici : https://www.ifla.org/files/assets/cataloguing/frbr-lrm/ifla-lrm-august- 2017_rev201712.pdf 16 Fonctionnalités requises des données d’autorité, traduction française en 2009 disponible ici : http://www.bnf.fr/documents/frad_rapport_final.pdf 17 Fonctionnalités requises des données d’autorité matière, traduction française en 2012 disponible ici : http://www.bnf.fr/documents/frsad_rapport_final.pdf LRM (2017) RDA Nouvelle version (2018?)
  8. 8. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 8 - Plus tard Enfin, les tenants de RDA-Fr ne désespèrent pas (et agissent en ce sens) que certains choix faits dans RDA-Fr, et contraires à certaines dispositions de RDA, soient pris en compte par les tenants de RDA. Mais, en fait, cela n’intéresse pas le paysage catalographique français (sinon dans sa fierté). Bref, nous adoptons progressivement une « norme » en cours d’élaboration, elle-même inspirée d’une « norme » anglo-américaine elle-même inspirée d’un cadre conceptuel (les FRBR) qui a été absorbé par un autre cadre conceptuel (LRM) qui va influencer la « norme » anglo-américaine, tandis que la « norme » française souhaiterait influencer la norme anglo- américaine. On a connu plus simple, même dans l’univers du catalogage. LRM, généralités Si, comparé aux FRBR, LRM propose une réorganisation complète de la modélisation prenant en compte les formalismes des FRAD et FRSAD, l’apport principal du nouveau modèle est dans l’introduction du concept, qu’on pourra juger éminemment borgésien, de « res », défini comme : « Everything considered relevant to the bibliographic universe, which is the universe of discourse in this case, is included »18 . Ce concept, commode dans la perspective absorbante qui est celle de LRM, n’a que peu d’incidence sur notre propos, et ne sera donc pas évoqué plus avant19 . De la même manière, les entités « Agent », « Nomen », « Place » et « Time-span » ne seront pas non plus évoquées, alors que, intégration des FRAD et FRSAD aidant, c’est là que se situent (à notre avis) les évolutions les plus décisives entre les FRBR et LRM. Si on exclut, donc, « Res » et tout ce qui relève de « Agent », le schéma conceptuel de base de LRM ressemble fortement (en fait, est identique à) celui des FRBR : 18 Les citations concernant LRM sont en anglais car, pour l’instant, nous ne disposons que de la version anglaise. Par contre, les éléments du modèle cités utilisent leurs équivalents français issus de la traduction française des FRBR, en présupposant – et en espérant – que les mêmes termes seront conservés ; p. 20. 19 Au vu des exemples de « Res » mentionnés, on notera tout de même que les rédacteurs de LRM semblent avoir une passion pour Lassie. RDA nouvelle version (201?) RDA-Fr nouvelle version (20??) RDA-Fr nouvelle version (20??) RDA nouvelle version (2???)
  9. 9. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 9 - LRM et ressources continues : quelle place ? Quelle est, alors, la place des « ressources continues » dans LRM ? En tant que telle, aucune : le terme « continuing resources » ne figure pas dans LRM. Exit donc, en tout cas de façon explicite, les blogs, les sites web, etc. LRM se concentre sur ce qu’il appelle les « serials », qui ne sont pas définis… sinon en termes de problèmes qu’ils posent à la modélisation : « complex constructs that combine whole/part relationships and aggregation relationships »20 . En fait, comme on va tenter de le montrer, LRM, comme le catalogage de l’ancien temps, rencontre pour son application aux ressources continues des difficultés majeures. Pour LRM, ce qu’on appelle communément les fascicules de périodiques (« issues of serials ») sont des manifestations agrégatives qui contiennent plusieurs expressions de plusieurs œuvres. 20 p. 94.
  10. 10. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 10 - Même si le schéma ne figure pas dans LRM, on peut visualiser ce principe comme suit (pour un fascicule donné) : Schéma qui, on ne sait trop pourquoi, nous rappelle cette image : Up ! (Pete Docter, Bob Peterson, 2009) Oeuvre Oeuvre Oeuvre Expression Expression Expression Manifestation Item
  11. 11. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 11 - Un numéro de publication en série pourrait donc être considéré comme une maison (manifestation) supportée par des ballons qui sont des expressions, eux-mêmes supportés par des ballons (plus gros ?) qui sont des œuvres. Mais, en même temps, chaque numéro est une « partie d’un tout », le « tout » étant une série d’éléments partageant des caractéristiques communes (plusieurs numéros ou fascicules paraissant à intervalles réguliers). Un méta-ballon, en quelque sorte… et qui n’est pas un ballon. LRM, ressources continues et « serial work » LRM reconnaît donc ce qui, pour les catalogueurs de publications en série, constitue une évidence : l’ensemble des numéros d’une revue qui partagent des caractéristiques communes (titre, ISSN, mise en page, etc.) constitue en soi une entité, qui doit trouver place dans le corpus structurel de LRM. Mais (et ce choix va avoir d’importantes conséquences), LRM choisit de considérer ce travail d’agrégation comme une œuvre, une œuvre spéciale qui n’a qu’une expression et qu’une manifestation, a « serial work »21 . Dès lors, l’avantage que l’on soulignait plus haut sur la possibilité, via la triade œuvre/expression/manifestation, d’établir des propriétés transmissibles d’un niveau l’autre, possibilité ici non applicable, va sérieusement restreindre l’intérêt du modèle LRM dans le présent cas de figure. Pourquoi ce choix ? LRM consacre à la question un chapitre spécial22 , duquel on peut retenir deux éléments principaux. Commonality of content D’une part, pour un « serial work », la notion de « commonality of content », qui permet de rattacher un certain nombre d’expressions à une œuvre donnée, ne peut pas s’appliquer aux publications en série comme à d’autres types de publication, des livres par exemple. Plusieurs expressions de King Lear vont avoir les mêmes thèmes, les mêmes personnages, etc.23 Pour un « serial », la « commonality » sera dans la ligne éditoriale générale, l’intention de l’éditeur, notion éminemment subjective et difficilement formalisable. En fait, là où, pour le commun des mortels et les catalogueurs, le travail d’agrégation est une entreprise a posteriori, consistant à décrire un ensemble de manifestations (les numéros parus) présentant des caractéristiques communes, les concepteurs de LRM, et ils insistent bien sur ce point, considèrent qu’il s’agit d’une œuvre a priori : le travail d’agrégation est fait avant que commence la revue, et c’est ce travail qui est le « work », là où les catalogueurs considèrent 21 Pas si spéciale que ça si on considère par exemple qu’un grand nombre de monographies, qui ne connaissent qu’une seule édition, relèvent de ce cas de figure. Mais la différence tient en ce qu’une monographie donnée peut donner lieu à une œuvre qui a plusieurs expressions (quand elle est traduite par exemple) et à une expression qui a plusieurs manifestations (par exemple quand la traduction en broché a un tel succès qu’il en paraît une édition en poche), ce qui n’est donc pas possible pour les manifestations des « serial works ». 22 « Modelling of serials », p. 94-96. Ce chapitre est largement inspiré de PRESSoo, modélisation spécifique aux publications en série, dans la « continuité » des FRBR, dont il ne sera pas question ici, pas plus que de LRMoo, en préparation. 23 « Each issue of a serial aggregates distinct articles, and it is therefore not possible to claim that the same ideas are common to the various expressions embodied in the manifestations of all the issues that make up a serial, while it is possible to claim that the same ideas are common to the English text of Romeo and Juliet and an Italian translation of it », P. 95.
  12. 12. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 12 - des fascicules déjà publiés et cataloguent le tout, après le début de la publication24 : « In the case of aggregating works and serial works, the essence of the work is the concept or plan for the selection, assembly and ordering of the expressions of other works to be embodied in the resulting aggregate manifestation »25 ou, autrement dit : « The “commonality of content” that defines a serial work resides in both the publisher’s and the editor’s intention to convey the feeling to end-users that all individual issues do belong to an identifiable whole, and in the collection of editorial concepts (a title, an overall topic, a recognizable layout, a regular frequency, etc.) that will help to convey that feeling »26 . On s’accordera à considérer que la notion de « feeling » n’est pas particulièrement propice à la détermination de critères rationnels en termes de formalisation des données bibliographiques, mais c’est ainsi. Notons cependant que la « commonality » passe aussi par « the collection of editorial concepts »27 (titre, maquette, etc.) qui relèvent plus de la description matérielle du « serial work » (et de l’entité « manifestation »). Cette impossibilité, notamment pour ce qui est des œuvres en différentes langues, laisse d’autant plus perplexe que le langage est, dans le modèle LRM, un attribut de l’expression et non de l’œuvre28 . Dès lors, on comprend encore moins de ne pouvoir distinguer différentes expressions dans différentes langues d’une même œuvre29 . Evolutions dans le temps D’autre part, et là encore ce ne sera pas une nouveauté pour les catalogueurs de publications en série, l’une des difficultés majeures à la modélisation de ce type de publications est leur évolution dans le temps ou, plus proprement, leur risque d’évolution dans le temps. C’est ce risque qui, pour les concepteurs de LRM, empêche qu’on puisse considérer comme deux expressions différentes d’un même « serial work » deux publications dont l’une, par exemple, serait la traduction de l’autre, ou même une version sur un support différent : « As it is impossible to predict that this relationship will hold in the future, it would be wrong to model these two serials as mere expressions of one work, and it is ontologically more accurate to regard them as completely distinct works »30 . Le raisonnement peut laisser perplexe : si on comprend bien, la relation, même valide, ne peut pas être établie parce qu’elle risque d’évoluer dans le temps. Mais, si le modèle est suffisamment souple, en quoi est-ce un problème ? Cela tient sans doute à ce que, quand ils parlent de « serial work », les concepteurs de LRM ne parlent pas de la même chose que, par exemple, les équipes du CIEPS ou celles du SUDOC-PS. On aurait aimé que les concepteurs de LRM fassent preuve d’une audace à la René Char, ici honteusement parodié : « Comment vivre [et cataloguer] sans inconnu devant soi ? »31 . 24 Comme en attestent par exemple les consignes du SUDOC qui demandent aux catalogueurs de disposer de cinq volumes avant d’envisager la création d’une notice de collection. 25 P. 21. 26 P. 95. 27 P. 95. 28 P. 45. 29 Il existe pour les œuvres l’entité « Representative expression attribute », dont l’un des exemples est la langue de publication, ce qui, on le suppose, permet de distinguer plusieurs œuvres ayant une « representative expression attribute » différente. 30 P. 96. 31 Extrait du recueil Poème pulvérisé lui-même extrait du recueil Fureur et mystère publié en 1948.
  13. 13. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 13 - En schéma, résumant tout à la fois le fait que chaque numéro d’un « serial » est une « aggregate manifestation » regroupant les expressions de plusieurs œuvres différentes et le fait que l’ensemble des fascicules est lui-même un « aggregating work », cela donne ça. Ici « Oeuvres » et « Expressions » désignent bien les articles et non le fascicule. Ce schéma a été « emprunté » à une présentation qui concerne les enregistrements sonores, qui sont, comme les fascicules de publications en série, des « manifestations agrégatives ». La (grande) différence réside dans ce que le modèle LRM permet, pour les enregistrements sonores, de les modéliser soit selon le schéma de gauche, soit selon le schéma de droite32 – alors que, pour ce qui des publications en série, seule la forme de droite est possible. LRM et serial works : conséquences pratiques Il peut être intéressant de visualiser ce qui se serait passé si LRM avait accepté de considérer qu’un « serial work » pouvait donner lieu à différentes expressions, dans deux cas relativement courants dans le monde des publications en série, celui des traductions d’une part, et surtout celui, incomparablement plus fréquent, d’une même publication sur différents supports. Pour LRM, même les cas de traduction (par exemple les différentes éditions du « Monde diplomatique ») ne peuvent pas être considérés comme des expressions différentes d’un même « work ». Pour rester sur la tentation iconographique esquissée plus haut, on ne peut pas considérer chaque méta-ballon comme partie d’un méta-méta-ballon. C’est dommage, car sinon on pourrait par exemple avoir ça : 32 RDA-Fr a décidé de traiter les enregistrements sonores en « œuvres agrégatives » quand il y a « peu » d’œuvres (deux symphonies par exemple) et œuvre par œuvre dans les autres cas (par exemple un album de chansons).
  14. 14. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 14 - Mais, en LRM, le cas de figure ci-dessus se traduit en fait de cette manière : + les manifestations correspondantes. Le même raisonnement s’applique pour ce qui pourrait être différentes manifestations d’une même expression, par exemple un périodique papier et un périodique en ligne : « It is impossible to affirm that the serial issued on paper will be coextensive in time with the online serial, and that this relationship will hold in the long term33 . C’est bien dommage, car on aurait pu envisager d’avoir ça : 33 P. 96. Œuvre : Le monde diplomatique Expression : Le monde diplomatique : ISSN 0026- 9395 Expression : Le monde diplomatique : Le monde Korea : ISSN 1975-6798 Expression : Le monde diplomatique : edicion cilena : ISSN 0718- 4344 Manifestation Manifestation Manifestation Œuvre : Le monde diplomatique : ISSN 0026-9395 Œuvre : Le monde diplomatique : Le monde Korea : ISSN 1975-6798 Œuvre : Le monde diplomatique : edicion cilena : ISSN 0718-4344 Expression : Le monde diplomatique : ISSN 0026-9395 Expression : Le monde diplomatique : Le monde Korea : ISSN 1975- 6798 Expression : Le monde diplomatique : edicion cilena : ISSN 0718-4344
  15. 15. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 15 - Mais LRM permet seulement ceci : LRM, ressources continues et relations LRM ménage entre les entités un certain nombre de relations, qu’on peut diviser en deux catégories : d’une part les relations entre entités de même nature (une œuvre, une expression,…), d’autre par les relations entre des entités de nature différente. Œuvre : Le Monde Expression : Le Monde Manifestation : Le Monde ISSN 0395-2037 Manifestation : Le Monde.fr ISSN 1950-6244 Œuvre : Le Monde ISSN 0395-2037 Œuvre : Le Monde.fr ISSN 1950-6244 Expression : Le Monde Expression : Le Monde.fr Manifestation : Le Monde Manifestation : Le Monde.fr
  16. 16. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 16 - La mère (ou le père) des relations est : « res ‘is associated with’ res », de laquelle (ou duquel) découle toutes les autres relations. Pour autant, ce sont les relations plus spécifiques qui nous intéressent et, si on interprète correctement le « statement » de LRM pour ce qui est des « serial works », essentiellement les relations entre entités de même nature. En effet, s’intéresser aux relations entre entités de nature différente n’aurait de sens que si, par exemple et comme évoqué plus haut, une même œuvre pouvait donner lieu à plusieurs expressions, ou une même expression à plusieurs manifestations. Dans la mesure où chaque « serial work » est à la fois une œuvre, une expression et une manifestation, ce qui veut dire qu’on peut le considérer indifféremment comme une œuvre, comme une expression ou comme une manifestation (et ce sera, sans doute, une manifestation), alors seuls les liens d’œuvre à œuvre, etc. ont une réelle pertinence dans notre réflexion. Un recensement rapide34 permet de relever un certain nombre de relations qui ont une pertinence pour ce qui est des « serial works »35 : Entre des œuvres36 A une suite / est une suite de. A un supplément / est un supplément de. A un complément / est un complément de. A une partie / est une partie de. Entre des manifestations A pour reproduction / est une reproduction de. Ces relations peuvent parfaitement s’appliquer aux publications en série, mais elles sont loin d’être suffisantes pour décrire leur complexité généalogique ou pratique, et leur insertion parfois baroque dans un continuum de publications données. Ainsi, la notion de « suite » peut correspondre à nombre de cas de figure : absorbe, fusionne, scissionne, etc. Comme dans une vraie famille, « est apparenté » décrit a priori tous les cas de figure possibles. Mais il convient de pouvoir distinguer entre « est le fils de » et « est la belle-mère de ». A l’évidence, les concepteurs de catalogues ne pourront se limiter, dans leur formalisation des relations qui lient entre elles les publications en série, aux relations validées par LRM, qu’il conviendra d’»expand », selon le vocabulaire consacré par le standard (dans sa version anglaise). In cauda venenum Frustrations On espère l’avoir démontré, pour ce qui est de la modélisation des données concernant les ressources continues elles-mêmes (et non les parties qui les composent), LRM n’apporte donc que peu d’éléments d’évolution, et génère par conséquent beaucoup d’éléments de frustration. 34 Et qui n’a aucune prétention à l’exhaustivité. 35 On rappelle qu’il n’est pas question ici des relations pour un fascicule en tant que manifestation agrégative. 36 Pour la commodité de la lecture, on est parti du principe que, dans la future traduction française de LRM, les relations auront les mêmes noms que dans la traduction française des FRBR.
  17. 17. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 17 - Si l’application de LRM doit ou devrait révolutionner la modélisation des données de catalogage et de leur utilisation, force est de reconnaitre que, dans la configuration actuelle, le nouveau schéma ne devrait pas faire évoluer de manière décisive le catalogage des publications en série, et des ressources continues en général. Par défaut, on pourra considérer comme un avantage pour les catalogueurs de n’avoir pas à se soucier du distinguo parfois difficile à établir entre une œuvre, une expression, une manifestation puisque, pour les « serials », nous sommes dans l’univoquicité de cette relation. Encore faut-il définir ce qu’est un « serial work », c’est-à-dire ne pas raisonner en termes de fascicules papier (ou en ligne) partageant un certain nombre de caractéristiques, mais sur la « commonality of content » d’une publication « en devenir ». De fait, les notices issues du catalogage des ressources continues ressembleront beaucoup à celles actuellement élaborées, à l’exception de ce qui concerne les « agents », et essentiellement les « collective agents », organismes en charge d’une publication en série37 . Là encore, on pourra déplorer l’univoquicité œuvre/expression/manifestation, qui ne permet pas de partage à un niveau supérieur des entités de type « agent » - pourtant, quelle différence entre la collectivité responsable de la publication de son rapport d’activités sur support papier ou en version en ligne ? Anti-frustrations La frustration est d’autant plus grande que, à la fin du chapitre consacré aux « serial works », les rédacteurs ont pris la peine d’ajouter un paragraphe qui, si on le lit correctement, dit pratiquement le contraire de tout ce qui a été écrit précédemment : « However, it remains possible to expand the IFLA LRM model by defining additional entities that comprise, say, the paper edition of a journal and its edition on the web; all linguistic editions of a journal that is published in more than one language as separate editions; all local editions of a journal, etc., according to the needs that have to be met in a given implementation of the model. An ISSN can therefore be said to identify an individual serial work, while an ISSN-L can be said to identify a particular case of such an additional entity when, at the time of cataloguing, a given serial is simultaneously released in printed form and as PDF files »38 . C’est plus ou moins exactement ce qu’on aurait aimé lire… sauf qu’il s’agit d’une « expansion » de LRM, et non du modèle lui-même. On peut même considérer, si on veut jouer aux « puristes » de LRM, que cette extension est en contradiction avec l’application du modèle aux « serial works » telle qu’elle est énoncée juste quelques paragraphes plus haut. Il ne s’agit pas là de fanatisme : au risque d’être hors modèle s’ajoute celui de la cohabitation entre des données qui utilisent le modèle de manière stricte (par exemple pour les monographies) et d’autres qui pourraient ne pas l’utiliser. On aboutirait lors à un système hybride et non pas, hélas, métissé – c’est-à-dire à un système à deux vitesses et non à un système qui aurait retenu le meilleur du modèle et le meilleur du hors-modèle. 37 La notion de « person » pourrait, à la rigueur, concerner les rédacteurs en chef ou ce genre de collaborateurs. Elle est loin d’être prioritaire dans le catalogage des ressources continues, sauf peut-être pour les ressources continues en ligne comme les blogs – mais qui relèvent d’un autre formalisme LRM, ici non examiné. 38 P. 96.
  18. 18. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 18 - Comme Friedrich Nietzsche l’a indiqué à plusieurs reprises sous des formes légèrement différentes, «Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou»39 . On peut donc être assuré que, au moins, les catalogueurs de ressources continues ne seront pas, dans leur activité professionnelle, dans ce risque. RDA-Fr et les catalogueurs de ressources continues Il serait faux de déduire de ce qui précède que, finalement, la Transition bibliographique n’aura pas de conséquences pratiques sur l’activité des catalogueurs de ressources continues. Certes, si on s’en tient au schéma, ils n’auront pas à penser et à vivre dans le monde triffide40 qui attend les autres catalogueurs : est-ce que je traite d’une œuvre, d’une expression, d’une manifestation ? Pour autant, l’avènement de LRM et de la modélisation des données catalographiques s’inscrit dans un contexte où la nature des données collectées, et les modes de collecte, évoluent. En ce sens, si les FRBR sont bien à l’origine de la mise en œuvre de RDA et, in consequo, de RDA- Fr, il ne faut pas oublier que ce qui ordonne RDA et RDA-Fr, ce qui sert de base aux évolutions qu’ils mettent en œuvre, c’est l’ISBD intégré et, pour ce qui concerne la France, les normes de catalogage. Or, d’évidence, les publications en série et les autres ressources continues partagent avec les autres types de ressources un grand nombre de caractéristiques communes (le titre pour prendre le plus commun), même si ces attributs (pour rester dans le vocabulaire LRM) sont 39 Notamment dans Ecce Homo, partie : « Pourquoi je suis si malin », traduction de Henri Albert au Mercure de France, 1908, p. 405. Il parle d’Hamlet. 40 Le jour des triffides, qui a donné lieu à un certain nombre de films et téléfilms, est un roman de science-fiction écrit par John Wyndham en 1951, dans lequel la Terre est envahie par des plantes extraterrestres qui développent trois branches distinctes à partir d’un tronc commun.
  19. 19. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 19 - traités de manière spécifique. Dès lors, toute évolution sanctionnée par RDA ou RDA-Fr dans l’élaboration d’une donnée qui peut aussi intéresser les ressources continues aura, a déjà, des conséquences sur le catalogage des ressources continues en France. Dans le cadre de la Transition bibliographique, ces évolutions sont de trois types : celles qui sont avérées et déjà mises en œuvre ; celles qui sont avérées mais pas encore mises en œuvre ; celles qui sont encore en réflexion. Il est clair que, eusse la Transition bibliographique choisi de ne pas être une transition mais une rupture, seul le premier type aurait été présent. Evolutions mises en œuvre Pour ce qui concerne les catalogueurs, les premières évolutions de RDA-Fr mises en œuvre l’ont été à compter du 1er janvier 2016, à partir des premiers éléments de la norme RDA-Fr publiés en juin 2015. Fin de l’indication générale du type de document L’indication générale du type de document (IGTD) peut être considérée comme un « pilier » de l’ISBD et, donc, des normes AFNOR, et il s’écoulera sans doute beaucoup de temps avant qu’on ne voit plus aucune notice comportant la fameuse mention « [Texte imprimé] ». En fait, comme si la situation n’était pas déjà assez compliquée comme cela, l’éclatement de l’IGTD en deux zones distinctes, la « forme du contenu » d’une part et le « type de média »41 de l’autre, ne vient ni de RDA-Fr, ni de RDA, mais… de l’ISBD intégré, reprenant en compte un « souci » déjà évoqué dans les FRBR42 . Ce souci, c’est, l’ambiguïté qu’il peut y avoir à mélanger dans une même formulation, par exemple « texte imprimé », une indication qui relève du contenu (texte) et une autre qui relève de la manière dont ce contenu est médié (imprimé). Sans parler d’autres formulations comme « ressource électronique » qui, elle, ne dit rien sur la forme du contenu (document électronique, certes, mais image, son, texte ?) - d’où l’idée de les éclater en deux zones distinctes. Dans les deux zones, seules certaines mentions (conformément à ce qui était préconisé dans l’ISBD intégré) sont possibles, pour que cet éclatement puisse effectivement permettre des traitements de masse de données ayant un contenu ou une médiation semblable – ce qui, entre autres, pourra s’avérer utile le moment venu pour la gestion de différentes manifestations d’une même expression – sauf, on l’aura compris, pour les ressources continues LRMisées43 . Mention de publication RDA-Fr a, pour ce qui est de cette mention, entraîné d’importantes modifications par rapport aux normes AFNOR sur trois points : choix des sources d’information, règles de transcription, règles de datation d’une ressource. Type de support Cette mention est complémentaire (et inséparable, les trois « fonctionnent » ensemble44 ) de celles concernant la forme du contenu et celle concernant le type de média, cette dernière en particulier étant naturellement conditionnée par le type de support, autrement qualifié de 41 Dans RDA. Dans l’ISBD intégré, « type de médiation ». 42 Ce qui explique que son application dans le SUDOC, dès 2014, est antérieure à celle de RDA-Fr. 43 Il faudra bien se résoudre aux nouveaux barbarismes issus de la LRMisation, qui se substitueront bientôt à ceux issus de la FRBRisation. 44 Même si un même support peut faire cohabiter plusieurs « couples » forme de contenu/type de média.
  20. 20. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 20 - « dispositif de médiation ». Le type de support est à choisir, dans le SUDOC, dans une liste fermée de codes. Pour ce qui est des ressources continues, les supports concernés sont essentiellement : - les « volumes » (code : nga), pour les annuaires ou les numéros « de taille importante » ; - les « brochures » (code : ngb), qui réutilisent la (mystérieuse) frontière du « - de 48 p. » et concernent un grand nombre de publications en série (mais pas toutes, loin de là) ; - les « fascicules » (cote : ngc) dont le « cas type » est les fameuses publications à feuillets mobiles, heureusement en voie de disparition – sauf dans le domaine du droit ? Zone de l’adresse bibliographique Parler de « zone de l’adresse bibliographique » (zone 4 du format ISBD) est faire référence à un formalisme qui, avec RDA-Fr, n’a plus court, puisque les éléments auparavant inclus dans cette zone sont désormais éclatés comme mentions différentes dans RDA-Fr, qui distingue production45 , publication, diffusion ou distribution, fabrication46 , comme des informations relevant de responsabilités différentes (ce qu’elles sont bien, il faut le reconnaître). AVANT MAINTENANT 45 Notion inexistante dans l’ISBD. 46 Auxquelles il faut ajouter, uniquement pour les éléments concernant la date, le copyright.
  21. 21. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 21 - Pour les résumer, les évolutions concernent essentiellement la suppression des abréviations fabriquées par les catalogueurs47 , des locutions latines, etc. Ainsi, on n’écrira plus [S.l.] qui, rappelons-le, correspondait au latin « sine loco », mais [Lieu de publication inconnu], ce qui semble de fait plus juste que « sans lieu ». Par contre, pour un élément aussi fondamental que la date de publication (qui figure aussi dans les données codées, largement utilisées dans les traitements de masse et les recherches en ligne), là où RDA-Fr préconise, quand on n’a pas de certitude, de proclamer la date « inconnue », le SUDOC (qu’on se permettra de trouver plus sage), préconise de proposer une date « à tout prix »48 . Il faut rappeler cependant, pour ce qui est des notices de ressources continues du SUDOC, qu’une partie des éléments de la description bibliographique ne sont pas stricto sensu créés par le réseau, mais proviennent d’un autre réseau, celui constitué autour du Registre de l’ISSN et géré par le CIEPS. C’est précisément le cas de l’adresse bibliographique : la première adresse (une publication en série peut bien évidemment changer d’éditeur en cours de publication), et donc le premier lieu d’édition et le premier éditeur, sont a priori créés par le réseau du CIEPS – et donc dépendant des règles de catalogage de l’ISSN. Pour cette raison et pour l’instant, les ressources continues ne sont pas concernées par les évolutions de RDA-Fr reportées dans le SUDOC. Evolutions avérées Un certain nombre d’évolutions sont déjà actées pour ce qui de RDA-Fr, même si elles n’ont pas encore été prises en compte par l’ABES pour le réseau du SUDOC, l’ABES ayant décidé de faire une « pause » pendant l’année 2018, de façon, entre autres, à mieux coordonner les évolutions de son catalogue avec celles du catalogue de la BnF, mais aussi pour consolider la prise en comptes des évolutions déjà actées, et la frbérisation en cours du SUDOC, dont il ne sera pas question ici, puisqu’elle ne concerne pas les notices de ressources continues. Les éléments avérés concernent de manière plus effective la mise en œuvre des FRBR, là où les premières modifications portaient sur les « manifestations », c’est-à-dire et très grosso modo, ce qui était jusqu’à présent décrit via l’ISBD et les normes AFNOR : - Identification des œuvres et des expressions et recommandations générales sur l’enregistrement de leurs attributs. - Recommandations générales sur l’enregistrement des relations principales. Comme souligné plus haut, le premier aspect ne devrait que très lointainement concerner les ressources continues. Quant au second, et comme déjà dit, même sa prise en compte complète sera de toute façon bien insuffisante pour traduire formellement toute la richesse relationnelle des ressources continues en général et des publications en série en particulier. L’avènement liquide Au terme de cette exploration, et dans le souci de contenter aussi bien Friedrich Nietzsche que René Char, on se gardera de prédire l’avenir, si ce n’est pour indiquer qu’il sera, en matière de catalogues, comme le présent : plein d’incertitude – donc exaltant. 47 Imposées en leur temps par les capacités de stockage et de traitement limitées des outils informatiques utilisés. 48 Cette consigne existait bien avant la mise en œuvre de RDA-Fr.
  22. 22. Comment décrire les ressources continues dans la Transition bibliographique ? (Y. Desrichard, Mai 2018) - 22 - C’est que, quelle que soit la fermeté des règles qui seront édictées pour décrire les ressources, ou non continues, celles-ci devront composer de plus en plus avec le fait que l’ensemble des données descriptives et de gestion d’un « objet » documentaire donné sont amenées à changer au cours du temps. C’est, avant tout, le cas pour tout ce qui relève de « l’exemplarisation », puisque les mêmes de propriété d’un document au sein d’une bibliothèque sont en constante, presque quotidienne, évolution : c’est l’évidence pour les collections numériques, mais les collections physiques elles aussi font, de plus en plus, l’objet de désherbage, de déplacement, etc. Mais c’est, aussi, le cas pour les données bibliographiques et d’autorités, qui vont évoluer au fur et à mesure des modifications impliquées par les statuts d’œuvre ou d’expression, évolutions elles-mêmes imposées par la multiplicité, ou non, des manifestations, comme suggéré plus haut : un roman traduit, et c’est une nouvelle expression, etc. Si les ressources continues échapperont, pour part, à cette contingence, elles resteront tributaires, pour leur description, du « facteur temps », qui ordonne leur incertitude. Enfin, pour tous et chacun, la Transition bibliographique ajoutera la sédimentation plus ou moins rapide de strates temporelles d’application de règles nouvelles dans des catalogues désormais en perpétuelle évolution, et qui ne devront plus être pensés ni gérés comme le socle rassurant des missions de la bibliothèque, mais comme un élément parmi un autre de cet avènement liquide qui caractérise l’époque – époque à laquelle les bibliothèques ne sauraient échapper49 . 49 Le concept de « société liquide » et même d’ »amour liquide » a été développé par le sociologue Zygmunt Bauman, récemment disparu, pour décrire la nature des liens interhumains dans le 21ème siècle néo-libéral. C’est peu d’écrire que son constat est pessimiste.

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